De la Muse à l’artiste : la femme face à la création artistique
L’art appartient donc à l’humanité elle-même, comme l'a si bien dit Pablo Picasso : L’art lave notre âme de la poussière du quotidien.
La considération de l’art comme une praxis essentiellement masculine émane du regard paternaliste de la société, qui percevait la femme comme un être faible, pour qui et sur qui l’on pouvait prendre des décisions. Elle n’était donc jugée capable de rien.
Cependant, au cours de l’histoire, de l’Antiquité à nos jours, on constate la participation que l’on qualifierait d’élogieuse de la femme dans l’art.
Déjà dans l’Antiquité, Pline l’Ancien mentionnait dans son Histoire naturelle plusieurs femmes peintres telles que Timarété, Irène, Aristarète ou encore Iaia de Cyzique, dont certaines œuvres rivalisaient avec celles de nombreux artistes masculins.
D'autres témoignages exposent que bien souvent, les productions féminines se voyaient accaparées par leurs maris ou leurs pères. L’homme se prévalait de ces œuvres, insistant sur le fait qu’elles étaient inspirées des Muses. C’était un secret de Polichinelle : il s’agissait en réalité d’une remise en question implicite de l’exclusivité de l’art chez l’homme.
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| Tableau de Ange Kambayi |
Cette sublimation de la Muse revient à placer la femme sur un certain piédestal: la Muse s’incarne dans la Femme pour réaliser ses œuvres.
Qualification de la femme
En poésie, tout comme dans l’art en général, la femme est perçue comme un lieu d’inspiration. Elle apparaît comme l’art pur, l’art vrai, qui s’exprime à travers la technique, le médium de l’artiste. La femme est la poésie même. disait Honoré de Balzac.
Beaucoup d’artistes, connus depuis des siècles, ont produit des œuvres représentant la femme, techniquement appelée Muse. L’exemple typique est La Joconde de Léonard de Vinci, Édouard Manet avec Olympia, Gustav Klimt avec Le Baiser, ou Frida Kahlo avec ses autoportraits introspectifs.
Cette qualification de la femme comme Muse émane de l’être même de la femme. Celle-ci est prise comme la parfaite image, ou représentation, de la complexité de l’être humain.
De cette considération, on serait tenté d’affirmer comme hier que l’art n’est pas l’apanage de la femme, mais qu’elle en demeure l’incarnation. L'homme s’inspire d’elle pour créer.
À ce niveau, on divinise l’être-femme. Dans cette optique, on pourrait s'aligner à la suite de ceux qui pensent le créateur comme une femme, car c’est de lui qu’émane tout. Il est l’intelligence supérieure. De même, c’est de la Muse que provient la pensée artistique et l’idée de création.
Nonobstant cela, au-delà d’être Muse, la femme crée comme ce créateur auquel elle est comparée. Elle constitue l’Art. Cette affirmation s’inscrit dans l’optique de l’ouverture publique de l’art à la femme.
L’art conjugué au féminin
Il n’est pas nécessaire de réfléchir aux étiquettes ou connotations collées à l’art réalisé par la femme, telles qu’ art féminin ou femme artiste. Elle est indiscutablement artiste. Il s’agit ici de mettre en lumière la participation des femmes dans l’art.
Si l’on remonte dans l’histoire, les textes indiquent que la femme exerçait déjà l’art, mais dans un contexte de méprise sociétale, ce qui explique son repli et le retard à se révéler en tant qu’artiste publiquement reconnue. Virginia Woolf estime estimait qu'Une femme devait avoir de l’argent et une chambre à elle si elle veut écrire de la fiction. Autrement dit, la femme n’a pas le monopole d’être face au monde et ne peut se consoler de ses exploits que dans l’intimité de sa réalisation.
La moitié du XXᵉ siècle constitue l’apogée véritable de l’ouverture au monde de la femme dans la création artistique. La femme devient alors totalement libre de son agir artistique. Cette ouverture est en soi un événement: c’est comme si l’être faisait son Épiphanie.
Dès lors, plusieurs femmes se sont engagées, participant à des salons, des expositions, et bien d’autres manifestations artistiques.
Si l’on se penche sur la considération de l’art conjugué au féminin, on se rend compte que l’art de la femme est un éternel combat : un art militant, un art de résistance face à soi-même et face à la société, à l'instant de l'artiste Congolaise Naguy Kusibula. Je ne peins pas des rêves ou des cauchemars, je peins ma réalité. Affirmait Frida Kahlo
Il y a à noter en miniature que ce militantisme artistique est proche de la pratique actuelle du féminisme. Mais, certaines femmes sont sorties de ce carcan du militantisme pour explorer d’autres démarches créatives.
Jonathan IKAMI KIWU
Écrivain
Critique
Chercheur indépendant en Herméneutique


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