FOCUS sur WADIGESILA Gabriel. Quand l’Afrique bat la mesure et compose son propre langage musical
Multi-instrumentiste formé au Conservatoire royal de Bruxelles, WADIGESILA Gabriel est l’un des grands noms de la scène artistique congolaise contemporaine. Mais réduire son œuvre à son seul talent de musicien serait bien trop restrictif. Pédagogue, chercheur en transmission musicale, acteur de cinéma et militant d’une musique enracinée, Prof Gaby – affectueusement appelé – est aussi le père du renouveau jazz à Kinshasa et au Congo.
Sa trajectoire, entre Europe et Afrique, entre scène et salle de classe, est marquée par une quête constante : comment faire de la musique une langue vivante, proche des réalités africaines, accessible à tous ?
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| WADIGESILA Gabriel |
C’est dans cette dynamique qu’il crée KINJAZZA, une association culturelle et éducative dont le nom marie Kinshasa et jazz. À travers ce projet, Gabriel organise des concerts, des workshops, des cours pour adultes, mais aussi un véritable travail d’archivage et de valorisation du patrimoine musical congolais, traditionnel comme moderne.
Son univers musical, riche et éclectique, s’exprime à travers un répertoire ethno-jazz aux mille nuances. Chaque composition est une escale, un pont entre le jazz et les rythmes traditionnels, entre le continent et le monde. Il a joué dans de nombreux groupes, exploré divers styles et porté haut les sonorités du Congo sur des scènes internationales. Et quand il ne joue pas, il tourne : deux films à son actif, preuve que sa créativité déborde les cadres du studio.
La Méthode WADIGESILA : apprendre le rythme dans sa langue
Plus qu’un projet musical, la méthode WADIGESILA est une invention pédagogique et culturelle radicale, née d’une question essentielle : et si l’on apprenait la musique dans sa langue maternelle ?
Traditionnellement, le solfège est enseigné à travers des termes occidentaux (italiens ou français), souvent éloignés des réalités linguistiques africaines. Cette méthode propose une autre voie : reconnecter l’apprentissage du rythme aux langues que les élèves parlent au quotidien.
Avec cette approche, le rythme devient une parole, une mémoire, un reflet de la culture locale. Et cela change tout. On n’apprend plus seulement la musique, on l’incarne. Grâce à la musicalité intrinsèque des langues africaines, Prof Gaby développe une méthode où chaque langue véhicule un tempo, une cadence, une pulsation propre.
Une démarche audacieuse, en mode effo perso, comme il aime à le dire. La méthode a déjà été mise en pratique dans les quatre langues nationales de la RDC (lingala, swahili, kikongo, tshiluba), avant d’être adaptée à d’autres contextes linguistiques : au Cameroun (ewondo, à Yaoundé) ; au Togo (éwé et kabiye, à Lomé) ; et en Côte d’Ivoire (dioula, à Abidjan et Bouaké).
Et l’aventure continue. WADIGESILA Gabriel travaille actuellement à l’introduction de la méthode en fon et fongbé, deux langues parlées dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. À travers cette extension, il poursuit son rêve : faire du rythme une langue africaine universelle, enseignée dans chaque village, chaque école, chaque quartier.
Ce n’est pas simplement une méthode d’apprentissage. C’est un acte de réappropriation culturelle, une manière de revaloriser les langues africaines, trop souvent marginalisées dans les systèmes éducatifs, et de leur redonner le pouvoir de transmettre l’art.
Engagements actuels : un artiste au cœur du réveil culturel africain
En ce mois de juin, Gabriel WADIGESILA joue un rôle central dans le festival “Festival, Réveille-toi Afrique !”, organisé par le centre culturel Afrika Amkeni à Kinshasa, du 28 au 30 juin. Pour cette première édition, il n’est pas seulement artiste invité : il en est le directeur artistique.
Ce festival a pour ambition de réveiller les consciences citoyennes et culturelles, sous le thème : « Promouvoir l’éveil patriotique : susciter un sentiment profond de fierté d’être congolais, en célébrant les contributions uniques du pays à l’Afrique et au monde. »
Dans cette logique, Gabriel WADIGESILA apporte son expérience, sa vision et son engagement pour façonner un programme artistique à la hauteur des enjeux : concerts, rencontres… Tout est pensé pour reconnecter les jeunes générations à leur héritage culturel.
Et le 30 juin, une rencontre de jazz, sous d’autres cieux, viendra ponctuer cet élan festif dans un format plus intimiste. WADIGESILA y défendra, une fois encore, sa conviction que le jazz, loin d’être une musique élitiste ou étrangère, peut devenir un outil d’émancipation, d’ancrage et de transmission, lorsqu’il parle les langues du peuple.
Wa Mulenda
Critique d'art


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