Au rendez-vous, Orlando ne s'est pas pointé à Kinshasa.

Aujourd’hui, 16 mai 2025, jour du rendez-vous. Orlando ne s’est pas pointé à Kinshasa, peut-être ne se pointera-t-il jamais. En cherchant à savoir pourquoi, on aurait appris qu’il était fatigué, après trois grands rendez-vous en Allemagne. Nous devons donc nous contenter de ses escapades entre les villes allemandes. 

L’art de la performance en ce moment, gagne en force à travers la coalition de plusieurs médiums. À Kinshasa, les artistes de tous bords s’investissent dans le perfomatif. Certainement, l'art est en soi une performatif. Cela traduit une approche transversale de l’art, une forme de quitus esthétique à la porosité des disciplines.

Cette approche a été explorée dans le projet Interface Ex Situ, initié par Oracle Ngoy, dont la restitution à Kinshasa, a eu lieu ce 16 mai à l’espace Mokili na Poche. Oracle Ngoy et Sarah Ndele, tenantes de ce projet, se sont inspirées du roman de Virginia Woolf, Orlando, ce personnage mythique ayant traversé trois siècles en changeant de sexe et de condition sociale au fil de ses vies. Sa vie est une suite de métamorphoses : il s’endort homme et se réveille femme, il s’endort femme et se réveille homme. C’est un peu plus que Mathusalem, qui, malgré sa longévité légendaire, est resté homme.

En explorant Orlando, les artistes ont donné de leur énergie et de leur passion pour exprimer, dans un autre langage, le versant féminin du personnage. Forcément, étant elles-mêmes femmes, elles ont voulu crier à l’indifférence persistante d’une société patriarcale.

Après près de six mois de travail intense, chacune a observé un aspect de la vie d’Orlando et produit une œuvre serpentine, une performance qu’elles ont pu représenter dans trois villes allemandes. Ces performances expérimentales ont permis aux spectateurs de fusionner avec l’œuvre, de s'immerger directement dans une œuvre vivante.

Mais à Kinshasa, la réalité fut tout autre. Orlando ne s’est même pas pointé du nez. Ce sont ses escapades entre les villes du pays de Gadamer, Heidegger, Hegel que nous avons vues. À la place d’une performance attendue, nous avons eu droit à une projection vidéo. Une copie de la performance, comme dirait Platon "l'œuvre comme copie de ce qui est dans le monde des idées". Seulement qu'ici, c'est la copie de la présence réelle qui devrait rencontrer les spectateurs.

Cela a suscité bien des questions dans la foule : quelle est la nature de cette vidéo ? Est-ce une œuvre d’art? Une captation? Une perfomance filmée? On a parlé d'une vidéo de performance. Une vidéo peut-elle être une œuvre performative? Peut-être si l'on considère que le montage en soi est un acte performatif. On dirait alors que c'est le monteur qui dans ses coulisses nous a fait une restitution de sa performance. Si on insistait sur le fait que la vidéo qui nous a été présentait consistait à une performance, alors, poserons nous encore la question de savoir est-ce encore une performance lorsque celle-ci est désincarnée, médiée par l’écran, montée, éloignée de la présence vivante ? Peut-être. Ce champ reste encore inexploré.

Mais il faut le dire : c’était une insulte à notre attente. Nous espérions vivre cette interprétation d’Orlando dans la chair de sa présence performative, afin de pouvoir, nous aussi, nous l’approprier. On croirait que cette performance était destinée à un public cible, le public allemand, voilà pourquoi il ne s'est pas posé beaucoup de questions (entendu de la bouche de l'organisatrice: Cette perfomance n'a pas posée trop de questions en Allemagne, elle a été bien accueillie et le public s'est imprégné de cela). 

Pour la restitution à Kinshasa, ce sont les escapades d'Orlando présentées en images. Lui même ne s'est pas pointé à Kinshasa. 


Jonathan IKAMI KIWU 

Critique d'art 

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